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Le cours du Doubs asséché entre Arçon et Remonot

Un secteur fragile

Le cours du Doubs entre Pontarlier et Morteau est connu pour sa fragilité : en période de basses eaux, une partie de l’eau s’infiltre dans le sous-sol, à la faveur de fissures dans le substratum calcaire.

En étiage, le débit du cours d’eau augmente, classiquement, depuis sa source vers l’aval, puis chute : il perd environ 4 / 5ème de son débit entre la confluence Doubs/ Drugeon et Ville-du-Pont, retrouvant un débit comparable à celui qu’il avait à sa source à Mouthe *.

Le phénomène est particulièrement marqué entre Arçon et Maisons-du-Bois, où des « pertes » localisées sont connues depuis longtemps et ont, pour certaines, fait l’objet d’aménagements. Or, l’eau qui s’infiltre dans le sous-sol (au moins jusqu’au niveau de Ville-du-Pont *) rejoint la source de la Loue. On estime qu’environ 1/3 du débit de la Loue en étiage provient du bassin versant du Haut-Doubs. Cet enjeu est pour partie à l’origine du SAGE Haut-Doubs Haute-Loue, et du Plan de Gestion de la Ressource en Eau qui lui est associé.

Carte des circulations souterraines reconnues par traçage (source Ideo-BFC) :

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La faiblesse des débits d’étiage est donc d’origine naturelle, mais a pu être amplifiée par l’action humaine : aménagements, destruction d’éléments participant à l’équilibre du cours d’eau tels que la ripisylve, les zones humides… Une étude lancée par le SMMAHD sur ce tronçon doit déterminer l’historique du cours d’eau, les impacts sur son fonctionnement, et les pistes de remédiation.

Par ailleurs, depuis de nombreuses années, des lâchers d’eau réguliers depuis le lac Saint-Point sont effectués, afin de soutenir le débit du Doubs en aval. Ces lâchers sont faits selon une courbe de gestion actée en concertation avec les élus locaux (à travers le SAGE Haut-Doubs Haute-Loue).

Eté 2018

Malgré d’importants soutiens du Doubs par ouverture des vannes du Lac Saint-Point, un abaissement important des débits a conduit à un assèchement total du Doubs en amont de Maisons du Bois (le cours étant réalimenté en aval de Remonot), et à une importante mortalité piscicole depuis fin juillet 2018.

écoulement à Doubs

Le Doubs à Doubs le 21/08/18

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Le Doubs à Maisons du Bois le 21/08/18

La comparaison aux modalités de gestion antérieures laisse supposer une modification forte du fonctionnement de l’hydrologie sur le tronçon entre Arçon et Maisons du Bois : ouverture (ou plutôt décolmatage) de nouvelles failles, mouvement de matériaux…

Une prospection à pied entreprise par le SMMAHD avec l’AAPPMA de la Truite du Trésor et du Saugeais a permis de relever les pertes anciennes (connues), mais aussi 2 nouvelles, et d’observer le comblement d’un ancien bras de dérivation visant à éviter, en période d’étiage, une importante zone de pertes. Ces observations ne sont pas exhaustives.

L’assèchement étant amené à se prolonger ou se répéter  chaque baisse de précipitations, le SMMAHD a déposé auprès des services de l’Etat une demande pour entreprendre des travaux d’urgence. Les aménagements proposés, et réalisés le 17 août, sont de faible dimension, expérimentaux et surtout réversibles, si le suivi des débits de la Loue montre que l’impact a été mal évalué. Ils sont de deux types :

  • remise en fonctionnement d’un chenal de contournement qui avait été aménagé anciennement et qui s’est colmaté lors des crues de début 2018
  • pose de margelles (réhausses de regards) sur 2 pertes, de façon à les contourner en basses eaux, et à maintenir leur alimentation en moyennes et hautes eaux (par surverse dans la margelle)

L’objectif est de tenter de maintenir ou remettre en eau ce secteur, sans garantie de réussite, étant donné la complexité et la variabilité des écoulements dans le karst.

Perspectives

Ces travaux d’urgence sont réalisés dans l’attente des résultats d’une étude globale sur l’ensemble du linéaire, dont la consultation a été lancée tout début juillet 2018.

Le pôle Karst, pôle de compétences créé pour accompagner les collectivités sur cette thématique spécifique, est susceptible d’apporter un appui scientifique aux acteurs locaux, déjà mobilisés, notamment au sein du Comité sécheresse.

De manière globale, cet épisode renvoie à la fragilité de nos milieux aquatiques, et à la nécessité de s’adapter au changement climatique. Des leviers importants peuvent être mobilisés pour augmenter la résilience des milieux aquatiques, c’est à dire leur capacité à résister à un épisode de sécheresse, ou à s’en relever.

Les économies d’eau, la limitation de l’imperméabilisation des sols, mais aussi la restauration des cours d’eau et des zones humides, apparaissent plus que jamais essentiels pour l’équilibre de la ressource.

* Référence : étude « volumes prélevables » sur le Haut-Doubs, EPTB SD / Cabinet Reilé / Eaux continentales – 2012